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Niemeyer, un architecte monumental
Par Sandrine Bavard

Niemeyer, brasilia, congres national

Architecture ou œuvre d’art ? La question se pose souvent devant les incroyables créations d’Oscar Niemeyer, architecte brésilien, apôtre du béton, de la courbe, et de la monumentalité. Celui qui a dessiné le visage de Brasilia, la capitale du pays, est considéré comme l’un des plus importants et prolifiques architectes du XXe siècle. Décédé en 2012, il a réalisé 600 projets partout dans le monde.

"Le Brésil a perdu l’un de ses génies et c’est un jour pour pleurer", déclarait la présidente brésilienne Dilma Rousseff en apprenant la mort d’Oscar Niemeyer le 5 décembre 2012, à l’âge de 104 ans.
Le gouverneur de Rio de Janeiro décrétait alors un deuil de trois jours. Pour Niemeyer, c’est à Rio que tout a commencé : c’est là qu’il est né, là qu’il a grandi, là qu’il a fait ses études.
A l’École Nationale des Beaux Arts de Rio de Janeiro, dont il est diplômé en 1934, il est initié à la pensée du modernisme européen et nord-américain, représenté par Ludwig Mies van der Rohe, Frank Lloyd Wright, et Le Corbusier…
Le Corbusier, pour qui il a une profonde admiration et avec qui il va travailler sur son premier projet, celui du ministère brésilien de l’Éducation et de la Santé à Rio de Janeiro. Tous deux se retrouveront avec une équipe de 11 architectes pour créer 10 ans plus tard le siège de l’ONU à New-York.

L’apôtre du béton et de la courbe

Comme Le Corbusier, Niemeyer aime le béton. Il s’en sert pour donner de la légèreté et de l’élévation à ses constructions, réalisant de véritables prouesses techniques.
Mais Oscar Niemeyer, à la grande différence de l’architecte français, n’aime pas les angles droits et les lignes "inflexibles". Il préfère les courbes, s’inspirant des formes rencontrées dans la nature brésilienne, des montagnes de Rio jusqu’au corps féminin, ce qui lui a valu le surnom "d’architecte de la sensualité".
Il a aussi besoin d’espace pour s’exprimer en grand : "Le meilleur travail pour l’architecte, c’est le monumental, c’est de laisser un espace pour l’imagination", disait-il.
Juscelino Kubitschek, alors maire de Belo Horizonte, va lui donner l’occasion d’affirmer ce style, en lui confiant la création d’un complexe dans le quartier de Pampulha en 1940.
L’architecte construit un casino, une salle de bal, un yacht club, ainsi que l’église Saint-François d’Assises. Cet ensemble était l’une de ses réalisations préférées.

Brasilia, la cité futuriste et moderne

Juscelino Kubitschek, qui devient président du Brésil en 1955, a un projet encore plus grand, plus fou, pour son ami Oscar Niemeyer : la construction d’une capitale ex-nihilo, Brasilia, en pleine forêt vierge. Il s’agit de mieux répartir les richesses et la population, concentrées sur les côtes, au profit de l’intérieur des terres.
Tout est à imaginer, à faire ! Si c’est l’urbaniste Lucio Costa qui donne le squelette de la ville (en forme d’oiseau), si c’est le paysagiste Roberto Burle Marx qui l’enjolive avec ses jardins, c’est Oscar Niemeyer qui va lui donner un visage, une identité : novatrice, audacieuse, monumentale.
Il construit la majorité des bâtiments administratifs et publics : le ministère de l’Education et de la Santé, le Tribunal suprême, la Cour supérieure de justice, le théâtre national, le Palácio da Alvorada (résidence présidentielle), le Ministère des Affaires étrangères…
Il faut voir le Congrès national, avec ses deux sphères inversées accueillant la Chambre des députés et le Sénat, séparés par deux gratte-ciel.
Son monument le plus emblématique est peut-être sa cathédrale, aux allures très futuristes, avec son assise circulaire de 70m de diamètre, ses 16 colonnes de béton incurvées qui pointent vers le ciel, et son plafond de verre, bleu, vert et blanc, qui fait jouer la lumière.

Du rêve à la réalité

La ville est inaugurée en 1960, après quatre ans de travaux seulement. Mais cette ville utopique censée symboliser pour le Brésil "50 ans de progrès en 5 ans"1 n’a pas tenu toutes ses promesses, notamment en matière d’inégalités sociales, loin d’être aplanies.
Conçue pour 500 000 habitants, la ville en accueille aujourd’hui 2,5 millions, entassés dans des favelas à la périphérie. Une grande déception pour le camarade Niemeyer, encarté au Parti communiste depuis 1945, qui rêvait d’une ville harmonieuse, sans barrières sociales.
Si l’urbanisme de Brasilia est parfois décrié, son architecture reste exceptionnelle : "On peut juger Brasilia comme on voudra, mais je sais que j’ai inventé là des formes qui ne répètent rien", déclarait Oscar Niemeyer.

Une reconnaissance mondiale

Et c’est vrai qu’Oscar Niemeyer a inventé sa propre écriture : en faisant ce qu’il voulait du béton armé et notamment en lui donnant des courbes inédites.
En 1987, Brasilia est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. Ses édifices "présentent un caractère remarquable en raison de la pureté de leurs formes et de leur caractère monumental évident, qui résulte de l’équilibre savamment instauré entre structures horizontales et verticales, entre volumes rectangulaires et surfaces courbes, et entre les matériaux bruts, inachevés, et l’extérieur poli de certaines surface", commente l’institution.
En 1988, Niemeyer reçoit le prestigieux prix Pritzker, la plus haute récompense mondiale dans le domaine de l’architecture. "Il a capturé l’essence du Brésil avec son architecture. Ses bâtiments distillent les couleurs, la lumière et l’image sensuelle de son pays natal", soulignait le jury.

Un communiste à Paris et Alger

Mais Niemeyer n’a pas limité son champ d’action au Brésil, et a laissé de grandes œuvres partout dans le monde. A commencer par la France où il s’exile après le coup d’état militaire qui intervient en 1964 au Brésil.
L’architecte va construire le Siège du Parti communiste français à Paris, le siège du journal L’Humanité à Saint-Denis, la Bourse du travail à Bobigny, la Maison de la culture au Havre surnommée le "volcan".
Oscar Niemeyer a aussi réalisé de remarquables constructions en Algérie, durant les années Boumediene, notamment des campus, comme l’école Polytechnique d’architecture et d’urbanisme d’Alger, l’Université des Sciences et de la Technologie d’Alger, l’université de Constantine très avant-gardiste…
Il a aussi réalisé la coupole du complexe olympique du 5-Juillet à Alger, traversée par deux axes d’une longueur de 54 mètres et de 62 mètres, en référence dit-on à la guerre d’indépendance.

Une fin de vie active au Brésil

Après un long exil, Niemeyer retourne au Brésil en 1985 et se remet à l’ouvrage. Il conçoit l’incroyable musée d’art contemporain de Niterói à Rio de Janeiro, sorte de soucoupe volante posée au bord d’une falaise.
Il réalise l’auditorium de São Paulo, recouvert d’une toiture ondulante en béton de 27 000 m².
Il livre encore la ville administrative de Tancredo Neves, à Belo Horizonte, le plus grand édifice en béton armé suspendu au monde, retenu par plus de 1000 câbles d’acier…à l’âge de 102 ans !
Le fringuant centenaire a vu aussi de son vivant l’inauguration du Centre culturel international Oscar Niemeyer à Avilés en Espagne, une de ses réalisations les plus importantes en Europe.
A 104 ans, il supervisait encore les travaux du Sambodrome de Rio, qu’il avait construit 30 ans auparavant, et qui accueillera certaines compétions des Jeux Olympiques de 2016. Oscar Niemeyer, qui est décédé un an plus tard, a accédé au rang de "monument national" au Brésil.

Note 1 : Sur cette époque, voir notre article sur la bossa nova.

Note 2 : Pour les amateurs d’architecture brésilienne, voir notre circuit thématique, dans lequel Niemeyer occupe une place de choix.