LE BRÉSIL
TAILLÉ SUR MESURE
newsletter
EN ES
Accueil

Accueil > Musique Bresil > Mc_Marcinho

Retour

Origine de la favela

Le terme de "favela" est lié à l’un des épisodes les plus fascinants de l’histoire brésilienne, la guerre de Canudos.

La guerre de Canudos

A la fin du XIXe siècle, tandis que la République du Brésil fait ses premiers pas, dans le sertão du Nordeste apparaît un personnage charismatique, Antônio Vicente Mendes Maciel, surnommé Antônio Conselheiro ("le Conseiller").
Pendant des années, il sillonne seul cette région hostile et rude, allant à pied de village en village, où il se présente comme un prophète. Il restaure les églises et les cimetières, prêche et harangue, et villipende violemment la République (qu’il assimile à l’Antéchrist), contestant en bloc le paiement de l’impôt, le système décimal, le recensement et l’économie de marché.
Il attire à lui un nombre toujours grandissant de gueux, prostituées, esclaves en fuite ou affranchis, marginaux, bandits ... et fonde en 1893 à Canudos, avec plusieurs milliers de fidéles, une communauté rebelle aux lois, régie par la morale chrétienne et où sont abolis argent et propriété privée.
Les autorités de la toute jeune République s’alarment bientôt de cette subversion et envoient successivement quatre expéditions militaires pour en venir à bout : c’est la "guerre de Canudos" (1896-1897).
Après que les trois premières attaques eurent été repoussées grâce à la guerrilla menée par des insurgés organisés et déterminés à resister jusqu’à la mort, c’est une véritable armée de 2 colonnes et 8 000 hommes, dotée des armes les plus modernes (notamment de puissants canons) qui marche sur Canudos.
Cette quatrième campagne se soldera par l’anéantissement total de la bourgade (qui compte alors quelque 25 000 âmes), encerclée et bombardée sans relâche puis investie maison par maison. Les ultimes défenseurs (dont des enfants) sont massacrés sans pitié (le plus souvent égorgés), le village incendié puis enfin totalement rasé (instruction a été donnée par le haut commandement de "ne pas laisser une pierre sur une autre").
Cet acharnement à faire disparaître toute trace de Canudos a trouvé écho au XXe siècle avec la construction en 1969 d’un barrage formant un lac artificiel qui recouvre aujourd’hui le théâtre de cette guerre sanglante.

Le morro da favela

Situé dans une plaine, le village de Canudos était surplombé par le "morro da favela" (colline de la favela), baptisé ainsi en raison de la grande quantité de la plante Favela (Jatropha phyllacantha, famille de Euphorbiacées) qu’on y trouve.
Emplacement hautement stratégique, le morro da favela servit de base aux expéditions menées par l’armée contre le village, et le gros des troupes y était stationné, dans des barraquements sommaires établis sur ses pentes.
A leur retour à Rio de Janeiro, nombre de soldats ayant participé à la guerre de Canudos s’installèrent sur l’une des collines de la ville, le "morro da providencia".
Par analogie entre leurs cahutes et les abris qu’ils occupèrent durant la campagne militaire, ils rebaptisèrent la colline du nom de favela.
Le nom devint un courant synonyme de quartier pauvre, ou bidonville, (à Rio puis dans tout le Brésil) à partir de 1909.

C’est comme souvent de ces quartiers défavorisés que surgissent les tendances et évolutions culturelles les plus marquantes, notamment en terme de musique.
Dans les années 90, un mouvement etroitement associé aux favelas de Rio a obtenu un grand succès populaire : le "funk carioca" (indissociable des "bailes funk", les bals funk, soirées-concerts organisés dans les favelas).
Proche du rap (dans le fond -contestataire et poursuivant la tradition brésilienne de la "canção de protesto", la chanson de protestation-, comme dans la forme -une poésie plus parlée que chantée-) le funk carioca n’a de funk que le nom.
Figure proéminente de ce mouvement, Mc Marcinho a marqué son époque avec la chanson "rap da felicidade".

 

 

Eu só quero é ser feliz
Mc Marcinho

REFRAIN
Eu só quero é ser feliz
Andar tranquilamente
Na favela onde eu nasci
Eh !
E poder me orgulhar
E ter a consciência
Que o pobre tem seu lugar...
Fé em Deus...DJ !

BIS

Mas eu só quero é ser feliz
Feliz, feliz, feliz
Feliz onde eu nasci
Ahn !
E poder me orgulhar
E ter a consciência
Que o pobre tem seu lugar...

Minha cara autoridade
Eu já não sei o que fazer
Com tanta violência
Eu sinto medo de viver
Pois moro na favela
E sou muito desrespeitado
A tristeza e a alegria
Que caminham lado a lado
Eu faço uma oração
Para uma santa protetora
Mas sou interrompido
A tiro de metralhadora
Enquanto os ricos
Moram numa casa
Grande e bela
O pobre é humilhado
Esculachado na favela
Já não aguento mais
Essa onda de violência
Só peço à autoridade
Um pouco mais de competência...

REFRAIN X2

Diversão hoje em dia
Não podemos nem pensar
Pois até lá nos bailes
Eles vêm nos humilhar
Fica lá na praça
Que era tudo tão normal
Agora virou moda
A violência no local
Pessoas inocentes
Que não tem nada a ver
Estão perdendo o uso
E seu direito de viver
Nunca vi cartão postal
Que se destaque uma favela
Só vejo paisagem
É muito linda e muito bela
Quem vai pro exterior
Da favela sente saudade
O gringo vem aqui
E não conhece a realidade
Vai prá zona sul
Prá conhecer água de côco
E o pobre na favela
Vive passando sufoco
Trocar a presidência
Uma nova esperança
Doutrina, tempestade
Agora eu quero a bonânça
O povo tem a força
Precisa descobrir
Se eles lá não fazem nada
Faremos tudo daqui.

REFRAIN
REPRISE DU DERNIER COUPLET
REFRAIN

Tout ce que je veux, c’est être heureux
Me balader tranquillement
Dans la favela où je suis né
Eh !
Et pouvoir être fier
Et avoir conscience
Que le pauvre a son endroit pour vivre
Foi en Dieu, DJ !



Mais moi tout ce que je veux, c’est être heureux
Heureux, heureux, heureux
Heureux où je suis né
Ahn !
Et pouvoir être fier
Et avoir conscience
Que le pauvre a son endroit pour vivre

Ma chère autorité
Je ne sais plus quoi faire
Avec tant de violence
J’ai peur de vivre
Car je vis dans la favela
Et on ne me respecte pas
La tristesse et la joie
Cheminent côte à côte
Je fais une prière
A une sainte protectrice
Mais je suis interrompu
Par les tirs de mitraillettes
Tandis que les riches
Vivent dans une maison
Grande et belle
Le pauvre est humilié
Brutalisé dans la favela
Je ne supporte plus
Cette vague de violence
Je demande seulement aux autorités
Un peu plus de compétence





Se divertir de nos jours
Il ne faut même pas y penser
Jusque dans les bals
Ils (la police) viennent nous humilier
Ils sont là, sur la place
Où tout était normal avant
Aujourd’hui c’est une mode
La violence ici
Des personnes innocentes
Qui n’ont rien à voir
Perdent l’usage
Et leur droit de vivre
Je n’ai jamais vu de carte postale
Où apparaisse une favela
Je vois seulement des paysages
C’est très joli et très beau
Celui qui sort
De la favela sent la nostalgie
Le gringo vient ici
Et ne connaît pas la réalité
Il va en zone sud
Pour boire de l’eau de coco
Et le pauvre dans la favela
Vit dans la misère
Changer la présidence
Une nouvelle espérance
Doctrine, tempête
Maintenant, je veux la paix
Le peuple détient la force
Il doit découvrir
Si eux, là bas, ils ne font rien
Nous ferons tout d’ici

Notes sur Canudos

Ingénieur militaire et correspondant de guerre, Euclides da Cunha s’est joint à la dernière expédition militaire et publiera en 1902 sous le titre "Os Sertões" (traduit en Français), un ouvrage encyclopédique qui analyse ce soubresaut parmi les plus violents de l’histoire du Brésil et constitue un document fondateur de l’historiographie brésilienne. Il inspirera à l’écrivain péruvien Mario Vargas LLosa son livre "La guerre de la fin du monde", dont on recommande chaudement la lecture (il est également traduit en Français).
Plus d’informations sur la guerre de Canudos
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Canudos

Notes musicales

-  un autre exemple de funk carioca
http://letras.terra.com.br/cidinho-e-doca/941509/

-  un autre exemple de "canção de protesto"
https://www.letras.mus.br/rappin-hood/110458/

-  authentique funk brésilien
https://www.letras.mus.br/tim-maia/69032/

Merci à Patoum et au professeur Fernando Henrique Munaretto, de l’Université de Igatu (BA), de leur collaboration pour la réalisation de cette page.