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L’esclavage au Brésil

Comme peu d’autres pays (à l’exception peut-être des Etats-Unis), le Brésil est aujourd’hui encore fortement marqué par son passé colonial et l’esclavagisme qui en était l’un des éléments moteurs.
L’histoire et les origines du peuple brésilien sont en effet étroitement liées à la traite des esclaves, et le métissage ethnique des populations blanches, noires et indiennes est un élément fondamental de la culture et de l’identité brésiliennes.

Origines & développement

Très vite après la "découverte" du Brésil en 1500, on a besoin de bras pour la production du sucre, première source de revenu du pays (et la principale jusqu’en 1700).
Ce sont les Indiens, malgré la loi qui est censée les protéger, qui sont d’abord utilisés dans les plantations. Ils se révèlent de piètres esclaves : peu robustes, indociles, totalement imperméables au concept du travail forcé, leur rendement est faible, ils ne pensent qu’à s’échapper ou bien se laissent mourir pour échapper à cette incompréhensible vie de misère.

Pour satisfaire l’insatiable besoin de main d’oeuvre du Brésil, on se tourne alors vers l’Afrique, et à partir de 1550, l’importation d’esclaves (autorisée et stimulée pour d’évidentes raisons politiques et économiques par l’Etat Portugais et l’Eglise catholique) s’intensifie et se systématise.
On estime qu’entre le XVIe et le XIXe siècle, ce ne sont pas moins de 3 millions et demi de personnes (soit environ 30% du nombre total d’esclaves vendus dans toutes les colonies d’Amérique) qui furent ainsi déportées, de façon toujours plus massive : 100.000 au XVIe siècle, 600.000 au XVIIe siècle, 1.300.000 au XVIIIe siècle et 1.600.000 au XIXe siècle.

Une fois achetés sur les côtes d’Afrique, les esclaves étaient entassés, parfois par familles entières, dans des "croque-morts", des navires négriers pouvant transporter jusqu’à cinq cent esclaves dans des conditions inhumaines : enchaînés les uns à côté des autres dans l’entrepont, beaucoup mouraient à bord, presque tous étaient malades.
A l’arrivée à Rio de Janeiro, Salvador, Recife ou São Luis, les négriers les livraient à des commerçants qui soignaient leur "marchandise" avant de la revendre à des propriétaires terriens.

L’histoire coloniale du Brésil est ponctuée de fuites d’esclaves et de mouvements de rébellion, dont certains aboutiront à la création de communautés d’"esclaves marrons", appelées quilombo.
Le quilombo le plus important, fondé au XVIIe siècle dans l’actuel Etat d’Alagoas, est connu sous le nom de Palmares. L’un des héros rebelles, Zumbi, s’est érigé en figure légendaire de la lutte contre l’esclavage ; il fut arrêté et exécuté en 1695, certaines villes brésiliennes ont institué un jour férié portant son nom (le 20 novembre).

L’abolition

L’abolition de l’esclavage, en 1888, est l’aboutissement d’un long processus qui commence un siècle plus tôt en Angleterre avec le mouvement anti-esclavagiste.
Sous la pression des Anglais (mais aussi de l’opinion publique, de plus en plus anti-esclavagiste à mesure que le temps passe), le Portugal s’engage en 1810 à mettre un terme à la traite des esclaves. Mais cette promesse reste sans effet, et le trafic clandestin se poursuit entre les deux rives de l’Atlantique sud. Le Brésil devient alors le principal marché de la traite (on estime que 700.000 esclaves débarquent à Rio de Janeiro rien qu’entre 1790 et 1830).

A la veille de son indépendance, le Brésil compte 4 millions d’habitants. Conséquence des épidémies importées d’Europe et des guerres indiennes, c’est à peine autant qu’au moment de la conquête portugaise, trois siècles plus tôt. La moitié de cette population est composée d’esclaves d’origine africaine.

En 1822, le Brésil s’émancipe du Portugal, devient un empire et porte à sa tête Dom Pedro I, lui-même issu de la famille de Bragance qui règne à Lisbonne.
En 1830, son successeur Dom Pedro II renouvelle la promesse d’abolir la traite. Puis le 4 septembre 1850 c’est au tour du Parlement brésilien de réitérer l’interdiction de la traite.
Dans le même temps, d’innombrables immigrants italiens commencent à affluer au Brésil. Cette main-d’oeuvre libre et dynamique bouleverse les rapports sociaux. Elle concurrence la main-d’oeuvre servile dont les conditions de vie deviennent de plus en plus précaires et l’utilité économique plus que jamais contestable.

Après 1850, la campagne pour l’abolition de l’esclavage se durcit, avec l’appui d’intellectuels et d’hommes politiques. Une loi de 1871 octroie la liberté à tous les enfants nés d’esclaves après cette date. Elle est suivie d’un décret de 1885 qui affranchit les esclaves de plus de soixante ans.
C’est pendant un voyage de l’empereur en Europe que sa fille, la princesse Isabel, assurant la régence, promulgue la loi Aurea (la loi dorée) qui abolit définitivement l’esclavage, le 13 mai 1888.

Aujourd’hui le Brésil comporte l’une des plus importantes populations afro-descendantes du monde.
Avec Mama África, son plus grand succès, Chico Cesar évoque l’héritage africain du Brésil.

 

complément : un excellent article sur le racisme au Brésil

Mama África
Chico Cesar


mama África
a minha mãe
é mãe solteira
e tem de fazer
mamadeira todo dia
além de trabalhar
como empacotadeira
nas casas Bahia
BIS

mama África tem tanto o que fazer
além de cuidar neném
além de fazer denguim
filhinho tem que entender
mama África vai e vem
mas não se afasta de você
REFRAIN

quando mama sai de casa
seus filhos se olodunzam
rola o maior jazz
mama tem calo nos pés
mama precisa de paz
mama não quer brincar mais
filhinho dá um tempo
é tanto contratempo
no ritmo de vida
de mama
REFRAIN x2

deve ser legal
ser negão no Senegal (x4)
REFRAIN x2

mama África
a minha mãe (x3)


maman Afrique
ma maman
une mère célibataire
qui doit
donner le sein tous les jours
en plus de travailler
à emballer des paquets
chez Casas Bahia *
BIS

maman Afrique a tant à faire
en plus de s’occuper du petit
en plus de s’occuper d’elle
mon petit, tu dois comprendre
maman Afrique va et vient
mais ne s’éloigne jamais de toi
REFRAIN

quand elle sort de la maison
ses enfants "s’olodumisent" **
c’est la fête à la maison
maman a des corps aux pieds
maman a besoin de paix
maman ne veut plus jouer
mon petit, un moment s’il te plaît
il y a tellement de contretemps
dans le rythme de la vie
de maman
REFRAIN x2

ça doit être super
d’être noir au Sénégal (x4)
REFRAIN x2

maman Afrique
ma maman (X3)

 

* Casas Bahia : chaîne de magasins d’électro-ménager très populaires dans tout le Brésil.

** Olodumiser : néologisme, littéralement "devenir Olodum", un groupe de percussions très fameux à Salvador.