LE BRÉSIL
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Le Brésil et la fièvre de l’or
Par Sergio Soliz

An 1500 : le navigateur portugais Cabral "découvre" officiellement le Brésil.
Pendant plusieurs décennies, cette nouvelle colonie ne présente qu’un intérêt limité. On n’en extrait que du bois à la couleur rouge semblable à la braise (le "pau brasil", qui donnera son nom au pays), utilisé pour la teinture des textiles.

Vers le milieu du XVIe siècle, la colonisation va grandissant, la culture de canne à sucre débute, elle constituera pendant plus d’un siècle la principale industrie du jeune pays, faisant du Brésil le premier producteur mondial.

La concurrence des industries sucrières dans les colonies néerlandaises, françaises et anglaises d’Amérique Centrale porta un coup à cette florissante activité.

La couronne portugaise, qui recevait une bonne partie des bénéfices de cette industrie, voulut en conséquence trouver de nouvelles alternatives pour remplir ses caisses.

Elle mandata de nombreuses expéditions de bandeirantes1 vers l’intérieur du vaste territoire inexploré dans le but de rechercher de nouvelles richesses, notamment des métaux précieux, présents en abondance sur tout le reste du continent, sous domination espagnole.

Les premières découvertes de gisements d’or eurent lieu dans ce qui est aujourd’hui l’Etat du Minas Gerais (mines générales), en 1697, quand le gouverneur de Rio de Janeiro Castro Caldas confirma avoir découvert 18 à 20 veines d’or de la meilleure qualité.
Ceci marqua le début du "siècle de l’or".

Les yeux du monde se tournent vers Rio de Janeiro

Salvador de Bahia, première capitale du pays entre 1549 et 1763, fut le symbole de la prospérité de l’industrie du sucre de canne.

Mais le siècle de l’or déplaça l’axe économique et politique du pays plus au sud : Rio de Janeiro, port de la région, devint ainsi la nouvelle capitale du Brésil à partir de 1763.

Débute alors la première "ruée vers l’or" de l’ère moderne, seulement dépassée en ampleur quelques années plus tard par les découvertes d’or en Californie en 1848 et au Yukon en 1890.

On estime que la population brésilienne fut multipliée en l’espace d’une centaine d’années au moins par 10, passant de deux à trois cent mille habitants en 1690 à trois millions deux cent cinquante mille en 1798.

La quantité de chercheurs d’or fut telle que le roi du Portugal João V promulgua une loi spéciale pour contrôler le nombre croissant d’étrangers qui partaient faire fortune au Brésil : il fallait posséder une autorisation et un passeport spécial pour se rendre sur cette terre pleine de promesses.

Durant cette période, plusieurs villes furent fondées : Ribeirão do Carmo (nom actuel : Mariana), São João Del Rei, Vila Real de Sabará y Vila Rica de Ouro Preto connue actuellement comme Ouro Preto (or noir, en portugais).

La Couronne, qui avait déjà décrété l’impôt du cinquième au tout début des expéditions (la cinquième partie de tout ce qui était extrait était exigée) décida d’augmenter ensuite les taxes, ce qui produisit un mécontentement énorme chez les mineurs de la région.

Cela explique la célèbre conspiration minière de 1789, une rébellion contre la couronne portugaise dirigée majoritairement par des mineurs qui appartenaient à l’élite, quelques militaires, mais aussi des gestionnaires de la colonie et des artistes d’avant-garde.2
La rébellion fut contenue par les soldats fidèles au roi et l’un des leaders de la révolte, Tiradentes, fut pendu et démembré afin de donner un avertissement ferme à la population.

L’or et la diversité culturelle du Brésil

L’"importation" d’esclaves d’Afrique commença lors de l’apogée de l’industrie du sucre mais elle augmenta considérablement lors du cycle de l’or. On pense qu’entre le XVIe siècle et le XIXe siècle, un peu plus de trois millions d’esclaves noirs arrivèrent au Brésil.

Leurs conditions de vie inhumaines donnèrent naissance à de grandes rébellions menées par quelques chefs, dont Zumbi dos Palmares est un très bon exemple.

Zumbi est un africain capturé à 6 ans par des chasseurs d’esclaves portugais et qui, après 9 ans de travaux forcés, s’enfuit et se transforme en un stratège militaire de qualité qui se rebelle contre l’esclavagisme et fédère plusieurs centaines (milliers ?) d’autres esclaves en fuite.

Son nom est aujourd’hui symbole de résistance et la date de son décès a été adoptée dans quelques régions du Brésil comme le jour de la conscience noire.

À cette main d’œuvre esclave s’ajoutent des immigrants de diverses régions du monde, ce qui donne naissance à cette mosaïque culturelle et ethnique qui constitue aujourd’hui le Brésil3.

L’or, un métal aux effets secondaires

Très peu d’or extrait du Brésil y est resté. Les richesses du territoire ont été envoyées au Portugal et de là, en Angleterre pour l’acquisition de produits manufacturés.

Cependant, grâce à l’explosion démographique provoquée par la période d’exploitation de l’or au Brésil, une classe moyenne composée d’artisans, d’artistes, poètes et intellectuels s’est développée et a contribué au grand développement culturel du Brésil.

Il reste de cette époque de magnifiques œuvres d’art, notamment les magnifiques églises baroques du Minas Gerais, ornées des oeuvres d’artistes comme Antonio Francisco Lisboa, plus connu sous le nom de Aleijadinho ("petit estropié", en raison d’une maladie qui avait ravagé son visage et son corps), considéré comme un génie de la sculpture et de l’architecture.

Enfin la période d’apogée de l’or a marqué le début de l’occupation des régions intérieures du Brésil, qui jusque là n’était peuplé que dans ses régions côtières.

 

1 Les explorateurs se regroupaient sous une bannière, ou "bandeira", ce qui leur valut le surnom de bandeirantes. Leurs expéditions vers l’intérieur du pays pouvaient durer plusieurs mois, voire des années. On les tient pour les véritables découvreurs du Brésil.

2 La révolte minière (Inconfidência mineira), basée sur des motifs économiques, est souvent présentée aujourd’hui de façon abusive comme la première manifestation de la volonté d’indépendance politique du peuple brésilien.
L’indépendance du Brésil interviendra en 1822.

3 Les Portugais furent les premiers immigrants européens au Brésil, suivis au XIXe siècle par des Italiens, Espagnols, Allemands, Hollandais, Polonais, Ukrainiens, mais aussi des Japonais, Syriens et Libanais.