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Sebastião Salgado, photographe humaniste
Par Sandrine Bavard, 23/10/2017

Avec ses clichés en noir et blanc de toute beauté, Sebastião Salgado s’est hissé au sommet de son art : la photographie. Humaniste et engagé, le Brésilien qui vit en France se préoccupe du sort des opprimés et de l’avenir de la planète.

Sebastião Salgado, photographe humaniste

Sebastião Ribeiro Salgado a eu deux vies que beaucoup de choses opposent : économiste et photographe. Le Brésilien, né en 1944 à Aimorés dans l’état du Minas Gerais, est un sujet brillant qui obtient une maîtrise de sciences économiques à l’université de São Paulo.

Il poursuit ses études à Paris à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique et prépare un doctorat d’économie agricole à l’université de Paris. Il revient au Brésil pour travailler au ministère des finances, puis déménage à Londres où il est recruté par l’Organisation internationale du café.

Des débuts de photojournaliste
Puis un jour, il place sa rétine dans le viseur d’un appareil photographique et sa vision du monde s’en trouve radicalement changée. En 1973, il quitte son travail confortable pour tout recommencer à zéro et devenir photographe.
Après un passage chez Sygma, il rejoint en 1975 l’agence Gamma pour quatre ans, puis intègre la célèbre agence Magnum, où, pendant 15 ans, il couvre l’actualité, telle que la tentative d’assassinat de Ronald Reagan ou la guerre en Angola.

En parallèle, il mène des projets de longue haleine qui le conduisent aux quatre coins de la planète, lui permettant d’approfondir les sujets qui lui tiennent à cœur.

Un regard humaniste
Photographe avec une approche documentaire et humaniste, il s’intéresse d’abord aux hommes et à leurs conditions de vie. De 1977 à 1984, il parcourt l’Amérique latine pour livrer un témoignage sur les populations indiennes et paysannes vivant dans des villages de montagne reculés (Autres Amériques, 1986).

De 1986 à 1992, il se rend dans pas moins de 26 pays pour illustrer le travail manuel, aussi bien chez les ouvriers que chez les paysans, afin de montrer la grandeur de l’homme au travail (La Main de l’homme, 1993).

Avec son objectif, Salgado raconte les tragédies humaines. En 1984 et 1985, il part avec Médecins Sans Frontières au Sahel pour photographier les réfugiés qui fuient la sécheresse et la famine (Sahel. L’Homme en détresse, 1986).
Il va encore plus loin avec son livre Exodes, et Les enfants de l’Exode (2000), résultat d’une trentaine de reportages effectués entre 1993 et 1999 sur les populations obligées de fuir à cause des guerres, des catastrophes naturelles, ou de la pression démographique.


Photo Sebastião Salgado Photo Sebastião Salgado, photographe humaniste

Un photographe engagé
Au fil du temps, ses sujets deviennent plus engagés, mettant en avant les démunis et les opprimés. Dans son pays natal, il va à la rencontre des paysans en lutte pour avoir un lopin de terre à cultiver (Terra, 1997) ou des mineurs de la Serra Pelada qui travaillent comme des forçats à la recherche d’or (Serra Pelada, 1999).

C’est ainsi qu’il devient ambassadeur de bonne volonté pour l’Unicef, qui ne tarit pas d’éloges sur l’artiste : "M. Salgado, qui ne travaille qu’en noir et blanc, respecte ses sujets et tient à souligner que ce qui leur arrive a une signification plus large. Cela explique la force d’une œuvre photographique qui témoigne de la dignité fondamentale de l’être humain tout en s’élevant avec force contre la violation de cette dignité que constituent la guerre, la pauvreté et autres injustices".

Un ardent défenseur de la planète
Dans les années 90, sa notoriété est telle que Sebastião Salgado fonde en 1994, avec son épouse Lélia Wanick Salgado, sa propre agence : Amazonas Images, dédiée uniquement à son travail.

En 1998, le couple fonde l’Institut Terra qui agit pour la restauration au Brésil de la forêt Atlantique qui disparaît peu à peu, et fait de l’éducation à l’environnement auprès des acteurs locaux et des citoyens.

En 2004, le photographe se lance dans son projet peut-être le plus ambitieux, sa "lettre d’amour à la planète" : Genesis. But du jeu ? Montrer la splendeur de notre planète pour mieux inciter à la sauvegarder pour les prochaines générations.

Il a arpenté la terre entière pendant huit ans pour montrer des territoires pas encore défigurés, des populations pas encore impactées par la société moderne : des tribus au fin fond de la jungle amazonienne jusqu’aux éleveurs de rennes dans le cercle arctique, des espèces animales des Galápagos jusqu’aux volcans de l’Afrique centrale.

Une reconnaissance internationale
Aujourd’hui, Salgado est reconnu comme un maître de la photographie, dans la grande tradition humaniste. Il a renoncé très vite à la couleur, préférant "la palette en clair-obscur des images en noir et blanc", une de ses marques de fabrique. Il a été maintes fois récompensé pour ses reportages, dont le prix W. Eugene Smith, le Prix Oskar Barnack, le Prix Hasselblad.

Son travail fait l’objet de livres, d’expositions, et même d’un documentaire en 2014, Le Sel de la Terre, réalisé par Wim Wenders et le fils du photographe, Juliano Ribeiro Salgado, qui a reçu le prix spécial Un Certain Regard au festival de Cannes.

Exposition Sebastião Salgado, Jardin Botanique