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Fazendas : des propriétés agricoles qui se visitent
Par Sandrine Bavard, 31/01/2018

Les fazendas, ces gigantesques exploitations agricoles, font partie de l’histoire du Brésil. Certaines s’ouvrent désormais aux visiteurs : l’occasion de découvrir tout un pan du patrimoine !

Visite de la ville de Vassouras et ses fazendas de café

Les fazendas sont de grandes, très grandes propriétés agricoles à l’image des dimensions gigantesques du pays : entre 200 à 50 000 hectares pour donner un petit ordre d’idées. Pratiquant souvent la monoculture dédiée à l’exportation, elles exploitent le bois, la canne à sucre, le café et le cacao, et plus récemment la viande, le maïs ou le soja de façon plus intensive.

Un héritage colonial
Les fazendas ? Elles sont l’héritage des plantations coloniales. Au XVe siècle, le roi du Portugal octroie des "capitaineries", larges portions de territoire, à des "donataires", sortes de gouverneurs locaux, qui ont pour mission de développer et gérer ces territoires pour le compte du royaume. Ces donataires accordent ensuite des "sesmaria", des concessions de terres à des colons jugés méritants, souvent pour récompenser des nobles, navigateurs ou militaires pour les services rendus.

Une agriculture d’export
La colonisation portugaise a façonné la stratégie agricole du pays pour des siècles, même après l’indépendance du Brésil en 1822 : il s’agissait de produire des denrées à grande échelle, et les exporter d’abord vers l’Europe, puis vers les Etats-Unis et le monde entier. Cela a débuté avec les plantations de canne à sucre dans les Etats du Pernambuco et Bahia dans le nord-est du Brésil aux XVIe et XVIIe siècles. Pour satisfaire la demande mondiale, le Portugal a déporté pas moins de 5 millions d’esclaves originaires d’Afrique vers le Brésil, travaillant essentiellement dans l’industrie sucrière. Cela a continué avec le café, qui a connu son âge d’or au milieu du XIXe siècle, particulièrement dans l’Etat de Rio de Janeiro qui compte plus de 200 anciennes fermes : cette culture a périclité très vite après l’abolition de l’esclavage en 1888 (à laquelle les grands propriétaires étaient farouchement opposés). Aujourd’hui, la viande, le soja et le maïs ont pris le relais, le Brésil en étant respectivement 1er, 2e et 3e producteur mondial.

Vassouras, riche patrimoine historique

Une lutte contre les inégalités
Ce système colonial a aussi favorisé la concentration des terres entre les mains de quelques-uns, les grandes familles coloniales hier, les grandes sociétés multinationales aujourd’hui (Chevron-Texaco, Shell, Rockefeller). Résultat : le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires qui soient : en 2006, le recensement sur l’agriculture et l’élevage réalisé par l’INSEE brésilien révélait que 0.8 % des grands propriétaires possédaient à eux seuls 31,7 % des terres, tandis que 73.7 % des petits paysans disposaient seulement de 12 % de terres.

En réaction à cette inégalité frappante, le Mouvement des sans-terre est né en 1985, avec un objectif : donner un lopin de terre à cultiver aux paysans pauvres qui n’en ont pas, occupant des terres parfois au péril de leur vie. Le MST comptait beaucoup sur l’arrivée au pouvoir de Lula en 2003, l’ancien métallo proche du peuple, pour changer les choses puisqu’il avait promis une réforme agraire de grande ampleur. Il y a eu des redistributions, parfois spectaculaires, comme celle de la fazenda Itamaraty, l’une des plus grandes du Brésil, qui employait jusqu’à 25 000 personnes et appartenait à Olacyr de Moraes, surnommée le "roi du soja", avant de faire faillite dans les années 2000. Elle a été rachetée par l’Etat et cédée pour moitié à des familles et coopératives du Mouvement des sans-terre. Mais c’est insuffisant pour le MST qui réclamait l’attribution de terres à un million de familles en quatre ans !

Un débouché touristique
Malgré cette histoire tumultueuse, le Brésil est en train de prendre conscience de la richesse de ce patrimoine. A l’instar d’une route des vins en France, se dessine par exemple une route du café dans l´Etat de Rio de Janeiro, qui compte plus de 200 anciennes fermes de café. Elle se déploie notamment dans un triangle d’or, compris entre Valença, Barra do Pirai, et Vassouras dans la vallée du fleuve Paraíba à l’intérieur des terres, qui concentre une trentaine de fazendas. C’est là que fut produit l’essentiel du café brésilien au XIXe siècle.

Certaines fazendas poursuivent leurs activités tout en proposant de faire découvrir leurs plantations ou le processus de torréfaction aux visiteurs, d’autres ont été aménagées en hôtel et offrent la possibilité aux touristes de dormir dans de très belles demeures. Car oui, les riches propriétaires ne regardaient pas trop à la dépense quand il s’agissait de construire leurs villas et ils souhaitaient surtout... en construire une plus belle que le voisin. Sur place, on peut profiter de la nature environnante dans un cadre magnifique et participer à diverses activités : dégustation de produits locaux, spectacles et concerts, randonnée en buffle ou à cheval…

Visite guidée d'une ferme de café